Biographie pour particuliers

A moins d’être un mythomane patenté ou un psychopathe meurtrier, s’emparer de la vie des autres n’a rien d’évident. Vous vivez, depuis votre naissance, avec votre histoire, vos croyances, vos certitudes et votre caractère. Même s’ils peuvent évoluer, il n’en reste pas moins qu’ils ont façonné votre personnalité.

Être biographe pour particulier c’est se départir de tous ces atours pour aborder votre sujet en étant totalement ouvert à l’autre. Vous devez être une éponge et plus encore une éponge magique capable d’absorber mais aussi de restituer le contenu de vos échanges avec celui ou celle qui fera l’objet de la biographie.

Le biographe doit, à l’instar des acteurs, enfilait le costume de son personnage principal. Se mettre dans ses pas, apprendre à réfléchir comme il le ferait, s’immerger dans sa vie afin d’écrire son récit de la manière la plus précise et la plus véridique possible.

Retranscrire l’histoire des gens, effectuer le passage de l’oral a l’écrit, tisser un lien de confiance avec notre narrateur, tel est le métier d’un biographe pour particulier. Et tout débute réellement avec cette notion de confiance. La première prise de contact. Les premiers échanges. Ils sont primordiaux. Avant de vous lancer dans une aventure qui vous mobilisera pendant trois ou quatre mois mieux vaut savoir où l’on va et si nous sommes compatibles. C’est, la plupart du temps, le cas même s’il faut parfois un temps d’adaptation pour mieux se comprendre.

Une fois que nous sommes certains que nous pourrons travailler ensemble, il faut évidemment déterminer avec le sujet la direction vers laquelle tendra le récit. Est-ce qu’il s’agit d’évoquer sa propre histoire ou celle d’un proche ? Est-ce que nous aborderons toute l’histoire ou seulement une partie ? Est-ce que l’on est d’accord pour tout se dire ? Se mettre à nu ?

S’il existe une pudeur naturelle le sujet du livre comprendra très vite qu’il doit se livrer. Car c’est l’objet même d’une biographie qui se distingue de l’hagiographie par sa sincérité. S’il a effectué la démarche d’entreprendre la réalisation d’un tel ouvrage, avec le coût et l’investissement que cela comporte, le sujet en question, le client, est à une étape de sa vie où il veut tout dire pour laisser une trace vraie, dénuée de complaisance, où l’émotion et les sentiments l’emporteront sur les faits.

Car c’est aussi cela la spécificité de la biographie. Ce n’est pas simplement le résumé entier ou partiel d’une vie, mais c’est la couleur que vous donnez à cette vie. Cette coloration, ce sont ces mêmes sentiments, ces mêmes émotions qui emporteront tout. La biographie, c’est de l’affect mis en mots.

Les premiers échanges peuvent être cependant teinté de retenu. Pas toujours simple de se livrer à un étranger. Le bon biographe, lors des premiers entretiens, doit laisser le sujet parler sans trop l’interrompre si ce n’est pour demander des précisions nécessaires. En écoutant, le biographe commence à saisir la psychologie de son interlocuteur. Une manière de penser, de réfléchir qui sera la colonne vertébrale du futur livre. La voix, le débit, l’engagement seront autant de signaux qui guideront ensuite votre écriture. Des phrases courtes et percutantes. Des mots plus délayés recouvrant des interrogations ou des réflexions. Voilà les premières pistes du futur style qu’adoptera le biographe. Les ingrédients principaux. Reste ensuite, pour continuer à filer la métaphore culinaire, à donner du goût à votre plat. Un zest de cynisme. Une pincée d’humour.  Un soupçon de gravité. Pour savoir si vous avez la bonne recette, rien de mieux que de la faire gouter à votre client. Comme au restaurant. Mais dans ce cas si le plat ne lui plait pas, vous vous devez de lui en préparer un autre.

Le chapitre test.


Le biographe va adopter avec son client un rythme d’entretiens qui variera en fonction de la disponibilité de chacun. Deux échanges par semaine d’une heure me semblent être le bon rythme. Pourquoi des échanges d’une heure simplement ? Parce que l’intensité de la conversation peut être épuisant mentalement pour le sujet comme pour le biographe. Faire court, pour faire bien et restituer la puissance du récit. Comme nous l’avons déjà évoqué, les premiers entretiens seront essentiels.

Car ce seront eux qui donneront la tonalité générale du récit. A leur terme, il s’agira d’écrire le fameux premier chapitre, le chapitre test. Comme au début d’une relation, vous apprenez à vous connaitre. L’écriture de ce premier chapitre vous fera verser vers la complicité ou le doute s’il ne correspond pas à ce que votre client attendait. Si, au contraire, il répond entièrement à ses attentes et mieux encore qu’il enthousiasme votre interlocuteur, qui a l’impression que c’est sa voix qu’il perçoit comme retranscrite dans ce livre, alors vous avez fait le plus difficile.

Une formule adaptative.


Il est très difficile de quantifier la somme de travail que réclamera l’écriture d’une biographie. Pourtant il est important d’en déterminer les contours. C’est pourquoi le biographe pour particulier offrira plusieurs formules à sa clientèle en fonction de la longueur des entretiens et du nombre de pages qui en résulteront. Mais autant vous dire que tout ceci est très théorique.

C’est effectivement un cadre mais dans lequel vous pouvez, vous vous devez de déborder s’il y a nécessité. Il serait absurde d’écourter un récit, de le bâcler, parce que vous avez convenu d’une formule plus restreinte. Le biographe s’implique affectivement dans la relation qu’il tisse avec son sujet. L’écriture n’est pas une matière froide. Ce n’est pas de la comptabilité. C’est de la chaleur, du contraste, de l’incertitude. Alors vous pouvez vous permettre d’écrire plus que ce que vous pensiez.

Parce que l’histoire le nécessite. Mais le bon biographe pour particulier parviendra à anticiper ce genre de problème au cours des échanges en suggérant à son client de passer très vite sur une partie du récit, qui lui parait moins importante et décisive pour l’équilibre du livre, d’éluder certains passages, pour se concentrer sur d’autres. C’est au biographe de donner le rythme pour toutefois se rapprocher de la proposition initiale de service. En n’étant jamais au-dessous. Mais en pouvant être au-dessus dans une certaine limite.

Car le biographe, même s’il s’implique émotionnellement dans l’écriture de l’histoire de l’autre, est aussi un professionnel qui propose des prestations qui ont un coût. Comme tout un chacun il doit rentabiliser son activité.

Une heure d’entretien pour cinq heures de travail derrière.


A propos de coût, celui réclamé pour l’écriture d’une biographie peut paraître important. Dépenser de 2 800 jusqu’à 4 500 euros, ce n’est pas rien. Ce sont des sommes conséquentes. Et un premier calcul sommaire pourrait même les qualifier d’exorbitantes. 12 heures d’entretiens pour 2 800 euros. Ça fait cher de l’heure. Mais c’est évidemment oublier tout le travail qui reste à faire après cette heure d’entretien. En fonction de l’inspiration ou de l’expérience du biographe, une heure d’entretien réclame derrière cinq heures d’écriture. Car, après s’être parlé, il y a un travail de transcription, de hiérarchisation, de structuration et de sublimation à réaliser.

Un exemple. Si vous faites naturellement des entretiens chronologiques avec votre client, le récit, lui, ne le sera pas forcément. Une structure de l’histoire par thématique ou en puzzle avec des retours en arrière peut souvent s’avérer plus pertinente pour parvenir à emmener encore plus le lecteur dans votre aventure. C’est donc, en totalité, non pas 12 heures mais bien 60 heures que vous aurez au minimum passé sur l’écriture de cette biographie. Le ratio devient, d’un coup, beaucoup plus décent. Vous le constatez, le biographe n’est pas un avocat. Ce n’est pas non plus un psy même si parfois son travail peut s’y assimiler (ce sera l’objet d’un prochain article).

Toutefois, le biographe pour particulier n’est pas simplement un transmetteur de l’histoire des autres. Ce serait bien restrictif. Le bon biographe doit s’approprier le récit et le sublimer. Utiliser la force des mots pour restituer l’intensité des sentiments.

Et ce travail, tout le monde ne peut pas le faire. Un écrivain, un auteur, celui qui a l’habitude de vivre avec la proximité des mots, est le mieux placé pour y parvenir. Alors, avant de vous engager dans la sélection de votre biographe, épluchez son CV.

Assurez-vous qu’il ait déjà écrit ses propres livres avant de se lancer dans ceux des autres. Et s’il a pu avoir du succès avec, c’est encore mieux. Si vous devez confier votre vie à quelqu’un, soyez sûr qu’elle soit dans de bonnes mains.